Dépression du sujet âgé : Ne pas confondre tristesse et vieillissement

Dépression du sujet âgé : Ne pas confondre tristesse et vieillissement

La dépression touche entre 4 % et 13 % des plus de 65 ans. Elle est trop souvent sous-diagnostiquée car elle ne ressemble pas toujours à la dépression de l'adulte jeune. Chez la personne âgée, elle porte souvent un "masque".

1. Le "Masque" dépressif : Les signes qui trompent

Au lieu de dire "je suis triste", la personne âgée va exprimer sa souffrance autrement :

  • Plaintes physiques : Mal au ventre, douleurs thoraciques ou maux de tête à répétition sans cause organique évidente.
  • Irritabilité : Une hostilité nouvelle, un caractère qui devient difficile ("on ne peut plus rien lui dire").
  • Hypocondrie : Une peur excessive d'avoir une maladie grave.
  • Anxiété : Une agitation ou des crises de panique fréquentes.

2. Dépression ou Apathie ? Faire la différence

C'est le défi majeur pour les familles et les médecins. L'apathie (perte de motivation) accompagne souvent les maladies comme Alzheimer, mais ce n'est pas une dépression.

CaractéristiqueDépressionApathie
HumeurTriste, douloureuse, affects négatifsNeutre, indifférente
Ressenti du tempsLe temps est long, lourd, ennuyeuxPas de notion de temps long
TraitementAntidépresseurs efficacesAntidépresseurs inefficaces

3. Un signe d'alerte pour le cerveau

Un premier épisode dépressif qui survient après 70 ans doit être pris très au sérieux. Il peut être le premier signe (parfois 5 à 10 ans avant) d'une maladie neuro-évolutive comme Parkinson ou la Maladie à corps de Lewy. Un suivi rapproché est alors indispensable.

4. La prise en charge : Prudence et patience

  • Le choix du médicament : On privilégie souvent la sertraline chez les seniors car elle est mieux tolérée. On évite certains médicaments (comme la paroxétine) qui peuvent donner des vertiges ou assécher la bouche.
  • La règle d'or : "Start low, go slow" (Commencer bas, augmenter doucement). Les doses efficaces sont les mêmes que chez les jeunes, mais il faut monter les paliers très progressivement pour éviter les effets secondaires.
  • Le risque de suicide : C'est le point le plus sombre. Le risque de passage à l'acte est très élevé chez les seniors dépressifs. Chaque idée noire doit être prise au sérieux.

Mon conseil de pro

En Algérie, on a tendance à dire d'un parent triste : "C'est normal, il est vieux, il est fatigué". Non, ce n'est pas normal. La vieillesse n'est pas synonyme de souffrance morale. Si vous remarquez que votre parent s'isole, se plaint sans cesse de douleurs que les examens n'expliquent pas, ou devient inhabituellement agressif, consultez un médecin. Traiter la dépression, c'est souvent rendre à nos aînés le goût de vivre et l'envie de partager des moments en famille.

 

Dr NAAS A.

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