Du bitume au cadavre : L'incroyable erreur de la "Mumia"

Du bitume au cadavre : L'incroyable erreur de la "Mumia"

Pendant plus de six siècles, les pharmacies d'Europe ont vendu un remède de luxe pour consolider les fractures et stopper les hémorragies : de la poudre de momie égyptienne. Pourtant, à l'origine, personne n'était censé manger de chair humaine.

1. Une erreur de traduction fatale

Tout commence par un malentendu linguistique au XIIe siècle :

  • L'original : En persan, mumiya signifie "bitume" ou "cire". C'était une substance minérale noire extraite des montagnes, utilisée depuis l'Antiquité pour ses vertus cicatrisantes.
  • L'erreur : Le traducteur Gérard de Crémone confond ce bitume minéral avec la substance noire et poisseuse qui enrobe les momies égyptiennes.
  • La conséquence : On en conclut que le remède miracle n'est pas le bitume du sol, mais le "jus" qui s'écoule des corps embaumés.

2. La "Mumiaphagie" : Un remède de rois

La demande devient telle que les véritables momies pharaoniques s'épuisent. On assiste alors à un commerce délirant :

  • Le remède des puissants : François Ier portait toujours sur lui une bourse contenant de la poudre de momie mélangée à de la rhubarbe en cas de chute.
  • Le marché noir : Face à la rareté, des marchands fabriquent de "fausses" momies à partir de cadavres de prisonniers ou de voyageurs, séchés au soleil et frottés d'aromates.
  • Le profil idéal : Certains médecins recommandaient même d'utiliser le corps d'un "jeune pendu roux", car son sang serait plus "fin" et sa chair plus efficace.

3. La fin d'un mythe dégoûtant

Il faudra attendre le XVIIIe siècle pour que la médecine rejette définitivement ce remède, jugé non seulement inefficace mais profondément répugnant.

  • Le cri d'alarme : Dès le XVIe siècle, Ambroise Paré s'indignait déjà : "La momie ne vaut rien... les Égyptiens n'ont jamais embaumé leurs morts pour qu'ils soient mangés par les chrétiens !".
  • Le survivant moderne : Étonnamment, le bitume original (le vrai remède) existe toujours en pharmacie sous forme d'Ichtyol (bituminosulfate d'ammonium), utilisé pour traiter certaines affections de la peau.

Mon conseil de pro (Leçon de l'histoire)

Cette anecdote nous rappelle que la médecine doit toujours s'appuyer sur la science et non sur des interprétations ou des traditions mal comprises.

  1. Méfiez-vous du "naturel" à tout prix : Ce n'est pas parce qu'un remède est ancien ou "exotique" qu'il est efficace.
  2. L'importance de la source : Tout comme les pharmaciens du XVIIe siècle vendaient de la "fausse momie", le marché des compléments alimentaires aujourd'hui regorge de contrefaçons. Achetez toujours vos produits de santé en officine contrôlée.
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