Le Serment d'Hippocrate : 2 500 ans d'histoire et de métamorphoses

Le Serment d'Hippocrate : 2 500 ans d'histoire et de métamorphoses

1. Les origines : Un contrat de famille

Initialement, le serment n'était pas une déclaration humanitaire universelle, mais un contrat corporatiste.

  • Le contexte : Hippocrate appartenait aux Asclépiades, des familles où la médecine se transmettait de père en fils.
  • L'objectif : En ouvrant l'enseignement à des étrangers, il fallait s'assurer que les nouveaux venus respecteraient les secrets de la famille et ne terniraient pas sa réputation.
  • L'engagement : L'apprenti jurait fidélité à ses maîtres et s'engageait à prendre soin d'eux si nécessaire.

2. Ce qui a disparu (et pourquoi)

Le texte original contenait des interdictions qui ne correspondent plus à la médecine ou à la morale d'aujourd'hui :

  • L'interdiction de la "taille" : Le médecin jurait de ne pas opérer les calculs de la vessie (la pierre), laissant cette tâche risquée à des "spécialistes" de l'époque (souvent des barbiers-chirurgiens).
  • Le soutien financier au maître : Le disciple devait s'engager à partager ses revenus avec son professeur si celui-ci tombait dans le besoin.
  • Les interdits religieux : Le serment commençait par invoquer Apollon, Esculape, Hygie et Panacée.

3. Les piliers immuables

Malgré les révisions, quatre principes fondamentaux restent le cœur de toutes les versions modernes :

  1. La Non-Nuisance : Le célèbre "Primum non nocere" (D'abord ne pas nuire).
  2. Le Secret Médical : Le devoir absolu de confidentialité.
  3. La Probité : L'engagement à exercer avec honneur et sans discrimination.
  4. La Transmission : Le devoir d'enseigner à son tour aux futures générations.

4. Les versions modernes : Éthique et Droits de l'Homme

Aujourd'hui, le serment s'est enrichi pour répondre aux traumatismes de l'histoire et aux évolutions de la société.

La Déclaration de Genève (1948)

Créée après la Seconde Guerre mondiale, elle est la réponse du monde médical aux horreurs du nazisme. Elle introduit :

  • L'interdiction d'utiliser ses connaissances pour violer les droits humains.
  • Le refus de toute discrimination (race, religion, genre, orientation sexuelle).
  • L'importance pour le médecin de veiller à sa propre santé pour bien soigner les autres.

La version française (CNOM 2012)

En France, le Conseil de l'Ordre a modernisé le texte pour inclure :

  • L'autonomie du patient : Le médecin doit informer et respecter la volonté du malade.
  • L'indépendance : Le refus des pressions extérieures (commerciales ou politiques).
  • La fin de vie : L'opposition à l'acharnement thérapeutique (l'agonie abusive) tout en refusant de donner délibérément la mort.

5. Une mosaïque de serments en France

Il n'existe pas un seul serment unique en France. Chaque faculté de médecine possède sa propre version, teintée de son histoire locale :

  • Montpellier : La plus ancienne (1804), très attachée à la tradition.
  • Strasbourg : Conserve parfois une référence à "l'Être Suprême".
  • Paris : Certaines facultés optent pour des versions très courtes et laïques.

Mon conseil de pro

Bien que le serment n'ait pas de valeur juridique (contrairement au Code de déontologie), il reste le fondement moral de la relation médecin-patient. C'est un engagement de confiance.

En Algérie, comme en France, ce moment reste le plus émouvant de la carrière d'un médecin. Si vous êtes patient, sachez que derrière ce texte, il y a la promesse que votre médecin fera toujours passer votre intérêt avant le sien, quelles que soient les pressions.

 

Dr NAAS AI.

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